« Des choix orientés vers un but : que l'élevage soit transmissible »
Bio, races et alimentation du troupeau, autonomie, diversification, investissements... chaque choix de Guylain Grange, jeune éleveur de bovins lait, est pesé par rapport à son éthique, à la valorisation économique des produits, au changement climatique, au territoire, à l'environnement et à la transmissibilité future de l'élevage.
Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.
Maîtriser les investissements
« Si j'ai pu m'installer, c'est bien parce que l'outil était transmissible. » Au-delà de la lapalissade, Guylain Grange, jeune éleveur de vaches laitières dans le Rhône, veut attirer l'attention sur ce point fondamental pour l'installation en élevage bovin lait et le renouvellement des générations de producteurs. « Modifier le système implique d'investir et les sommes peuvent vite monter. Or, garder la maîtrise est indispensable sans quoi l'exploitation veut vite devenir intransmissible. Alors, qu'au contraire, plus les changements et les investissements sont importants, plus il faut être sûr de trouver un repreneur. »
Être autonome et s'adapter au territoire
Guylain produit l'intégralité de l'alimentation de ses animaux, du foin principalement. Un choix « éthique » et parce qu'il est isolé sur un territoire plutôt viticole avec, par exemple, très peu de coopératives d'approvisionnement. « Il est donc pertinent d'avoir le moins d'échanges possibles avec l'extérieur », fait-il remarquer.
Seules 2 choses entrent à la ferme : du sel et des minéraux.
Valoriser les produits et se diversifier
L'éleveur garde une quinzaine de génisses par an pour le renouvellement du troupeau, mais élève l'ensemble des veaux pour vendre des reproducteurs et reproductrices. Les bêtes sont sélectionnées pour leur mixité. « Les carcasses sont plutôt bien conformées pour des animaux laitiers », contate-t-il. Ainsi, il en valorise une partie en steaks hachés surgelés commercialisés à la ferme. Il réalise certains croisements avec des races de montagne pour que les vaches soient plus solides et valorisent mieux les fourrages fibreux.
« Animal par animal, on essaie de voir vers quoi on veut tendre. Même avec plusieurs races, le troupeau reste homogène. Il est plus robuste et gagne en polyvalence lait/viande », développe Guylain. Il vend également du lait en direct. « Les clients viennent pendant les horaires de traite, avec leurs contenants. Un protocole strict garantit la qualité sanitaire », explique-t-il. Outre la commercialisation de lait et viande en direct, le producteur profite d'être en zone de plaine pour cultiver un peu de blé – 7 ha/an – et vendre la farine. Il s'est aussi lancé dans les légumes de conservation (courge, oignon et pommes de terre) sur 5 000 m2.
Anticiper le changement climatique
Dès les années 2000, un séchage en grange a été mis en place dans cet objectif. « Ainsi, la qualité du foin, l'essentiel de la ration des vaches, est assurée pour maintenir un niveau de production de 6 200 l/VL/an », plutôt bon en bio. En plus, « il y a peu de déchets : pas de ficelles, ni de filets. Et pas de bottes, à distribuer c'est un vrai plaisir », complète Guylain. Situé dans une zone soumise aux sécheresses et canicules, il « en demande le moins possible aux animaux l'été » – il passe en monotraite en juillet et août, avec la majorité du troupeau tari – et fait pâturer du sorgho fourrager.
L'été, en demander le moins possible aux animaux.
« Cette plante tropicale résiste bien à la chaleur et pousse même à 40° », et il peut l'irriguer grâce aux retenues collinaires, mais en utilisant le minimum d'eau car « ça consomme du gasoil ». Un choix qui sécurise l'alimentation au pâturage. Il pratique les vêlages d'automne pour un maximum de production et une astreinte régulière en hiver. Il ne vit d'ailleurs pas la traite comme une astreinte mais comme « un moment de proximité directe avec les bêtes, d'observation ». « J'aime ce contact, je ne me vois pas déléguer ça à une machine ! », lance-t-il.
Préserver l'environnement
L'exploitation est en agriculture biologique depuis 2002, et « va même un peu au-delà ». Par exemple, fini les produits avec du chlore pour le lavage des équipements, pour éviter d'en rejeter dans les cours d'eau. Guylain insiste sur le fonctionnement de l'élevage « en circuit fermé » : « nous fertilisons avec les déjections animales, qui font pousser l'herbe qui nourrit les vaches. » Il parle de « sobriété environnementale » s'ajoutant à la « sobriété économique » évoquée en début d'article.
Nouer des liens avec la société
Pour Guylain, il est « crucial de maintenir une connexion entre les pratiques rurales et une population d'origine majoritairement urbaine, d'autant qu'il est proche de lieux de consommation importants. Il est « content de représenter le côté productif de l'agriculture ». « Je suis en bio pour des questions éthiques, pas pour plaire aux consommateurs ! », prévient-il cependant. Il aimerait d'ailleurs savoir : « Les consommateurs ont-ils envie de consommer ces produits qui respectent un cahier des charges qui, pour moi, est pertinent ? »
Je ne suis pas en bio pour plaire aux consommateurs !
« Ou dois-je continuer à faire du bio parce que je suis en accord avec ça, sans en attendre de reconnaissance de leur part ? », s'interroge-t-il. « Quand on produit de la nourriture, on est connecté de fait à la population même si, en circuits longs, on ne la voit jamais. Nous avons un devoir de respect envers elle, de la qualité des denrées alimentaires, mais en contrepartie, elle doit être reconnaissante de cette qualité », conclut-il.
Pour accéder à l'ensembles nos offres :